Le repentir, voie du salut

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Le repentir, voie du salut

 par l'archimandrite starets Syméon de Maldon

    (Extrait de "Buisson Ardent N° 9)

    Luttant contre les passions, s’efforçant de vivre selon les commandements du Christ, l’homme prend conscience de son échec : il n’arrive pas à accomplir en plénitude ces commandements qui le dépassent. Qui peut prétendre aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute son intelligence ? L’homme découvre de plus en plus la distance qui le sépare de Dieu, sa « dissemblance » avec Lui ; alors naît en lui la métanoïa, le repentir. L’ascèse prend de plus en plus la forme d’un profond repentir. « Tu as établi le repentir comme voie de salut », dit le prêtre à Dieu avec reconnaissance durant la Liturgie[1]. Le vrai repentir est, lui aussi, don de Dieu, et on le Lui demande par la prière : « Donne-moi de voir mes propres péchés et de ne pas condamner mon frère »[2].

         Quand on parle de la vocation de l’homme à devenir en tout semblable à Dieu, de la déification, cela fait souvent peur, cela peut paraître exagérément ambitieux, être la manifestation d’un orgueil proprement luciférien. En réalité, c’est indiquer le but vers lequel doivent tendre nos efforts, nos aspirations, comme l’étoile Polaire que l’on contemple dans une nuit profonde : elle est à une distance incalculable, tout à fait inaccessible, elle nous indique cependant la direction à suivre. Mais « ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu », dit le Seigneur (Luc18, 7).

         Connaissant le but final, nous marchons avec confiance sur la voie terrible et douce du repentir, voie de kénose à la suite du Christ qui « s’anéantit Lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, Il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur la croix ! » (Philippiens 2, 6-8). L’homme descend dans l’enfer du repentir, de l’accusation de soi-même, et c’est là, dans cette humilité extrême, que Dieu vient le chercher pour le faire monter et lui insuffler une vie nouvelle : le don du Saint-Esprit.

         Selon saint Séraphin de Sarov, l’acquisition du Saint-Esprit constitue le but de la vie chrétienne. Par là, l’homme rentre dans une profonde communion existentielle avec Dieu Lui-même, car « cette grâce déifıante de Dieu est incréée, elle est éternellement et vient du Dieu éternel »[3]. L’homme devient tout ce qu’est Dieu, hormis l’identité selon l’essence, précise saint Maxime le Confesseur[4]. Pour suggérer ce qu’est cette union « sans division et sans confusion » de l’homme avec Dieu, les Pères recourent à diverses images. L’une d’elles est celle d’une épée plongée dans un brasier. L’épée en tant qu’objet de fer ayant une forme, un poids, une lame tranchante, demeure ce qu’elle est, mais elle acquiert une chose qu’elle n’est pas et qui lui est étrangère : le feu. Le fer et le feu vont entrer dans la plus étroite des unions si bien que le fer va brûler et le feu couper, sans que le feu ne devienne fer ou inversement.

                                                                   Archimandrite SYMÉON.



[1]              Liturgie de saint Jean Chrysostome, Prière du Trisagion.

[2]              Prière de saint Éphrem le Syrien.

[3]              Grégoire Palamas. – In Philocalie, Bellefontaine, 1990, Fascicule 10, p. 306. Grégoire cite            ici Maxirne le Confesseur, Questions à Thalassios 16, PG 90, 644 D.

[4]              Maxime le Confesseur, Ambigua, PG 91, 1308 BC.